Bonjour ! Il est l'heure de vous présenter notre histoire de Noël en entier avec les dessins qui y sont associés !
Avant de commencer, nous souhaiterions remercier les deux artistes Rokyu et Nihibus d'avoir participé bénévolement à cette évènement Supran !

Partie 1, Point de vue d'Amédée (écrit par Camille Ksaz)

Je n’ai jamais aimé l’hiver et encore moins la neige. Enfin pas quand je dois marcher dedans. Mais il y a des soirs où être enfermé, peu importe le temps, n’est plus une option. J’ai donc pris mon courage à deux mains avant de partir me rafraîchir les idées.
La nuit était plus calme que d’habitude. Normalement, les créatures nocturnes commencent à se réveiller à cette heure-ci mais, visiblement, j’étais le seul à daigner affronter l’extérieur. Les flocons tombaient doucement sans une seule rafale pour les déranger.
Le bruit de mes pas résonnait, donnant un certain rythme à mes pensées. Des pensées guidées par mon regard perdu sur les moulures des bâtiments. Sans bien comprendre pourquoi, je ne pus empêcher mon esprit d’être attiré par le plus grand bâtiment de la place.
Austère et carré, il me provoquait depuis enfant un sentiment de mal-être. Sans mentir, je n’ai jamais su à quoi servait exactement ce bâtiment mais, d’après mes parents, il n’y avait que deux types de personnes qui passaient porte : les riches et les criminels. N’ayant jamais été aisé, il m’a semblé clair que trop approcher pourrait être synonyme d’échecs.
Alors que je m’apprêtais à détacher mes yeux de cet endroit, un grelottement juste à côté de moi me permit de remarquer un être bien plus petit à mes côtés. Une dame âgée qui semblait avoir l’esprit aussi embrumé que le mien.

Partie 1, Point de vue de Marie (écrit par Kerizu)

Je ne savais plus exactement pourquoi j’étais sortie, mais mes pas m’avaient menée devant le palais de justice, un bâtiment immense à l’architecture richement ouvragée. C’était une bâtisse que je connaissais bien et qui abritait mes plus beaux souvenirs. Il faisait nuit, et la neige commençait à recouvrir les routes de son coton blanc. Les flocons semblaient si légers… Je levai la tête vers le ciel, admirant les danseurs immaculés et leurs mouvements à la fois fougueux et sensuels. Mon regard se perdit dans leur flot hypnotique et mon esprit se remémora ma première danse.

— Chérie, te rappelles-tu notre rencontre ? demandai-je. Je venais d’arriver en ville. J’étais perdue dans l’activité permanente de cet endroit, et être invitée au bal de la nouvelle année n’avait pas arrangé mes soucis. Je ne me sentais pas à ma place.

Je plissai les yeux dans un sourire tendre.

— Mais lorsque je t’ai vue dans cette robe parme, tout s’est figé autour de moi. Je crois qu’il n’a fallu que quelques mots de ta part pour que je tombe amoureuse, et trois pas de danse ont suffi à me confirmer que je voulais passer ma vie à tes côtés. Je souris, nous revoyant virevolter dans les bras l’une de l’autre, nos robes de bal qui scintillaient de mille couleurs caressant de leurs étoffes aériennes l’air qui nous entourait, comme pour nous offrir une bulle hors du monde.

La toile de mes souvenirs avait remplacé le ballet des flocons au-dessus de ma tête, et je ne pouvais m’arrêter de la regarder, fixant les cieux depuis ce trottoir recouvert de neige.

Illustration partie 1 (dessiné par Astawen)

=============================================

Partie 2, Point de vue d'Amédée (écrit par Camille Ksaz)

Les murs semblaient s’être effondrés pour ne laisser place qu’à la salle de bal. Je voyais les robes, je sentais la lumière et j’entendais la musique. Je voyais leur regard se croiser et le temps s’arrêter. Je voyais leur robe danser au rythme des flocons.
Mon cœur semblait apaisé pour la première fois depuis bien longtemps. Alors que j’allais demander à ma conteuse son nom, je la vis partir le regard perdu dans un épais brouillard. Je ne pouvais pas rentrer chez moi en laissant la personne qui avait réussi à me faire rêver seule dans la nuit noire. Je me mis donc à la suivre sans vraiment tenter de la déranger.
La mélodie de nos pas me berça pour laisser place à mes pensées. Nous étions arrivés aux entrepôts. J’avais toujours détesté cet endroit. Il me rappelait que ces anciens bâtiments utilisés par des artistes du monde entier avaient été remplacé par des garages de toutes sortes.
J’avais un jour rêvé de devenir artiste mais la vue de ce changement draconien me rappelait pourquoi j’avais abandonné : il n’y a pas de place dans cette ville-usine pour la créativité. Absorbé par mes pensées je faillis passer devant ma conteuse qui s’était assise sur un banc en fixant le bâtiment devant elle. Je me mis doucement à côté d’elle et l’imita. Je ne décelais aucune réelle différence entre celui-là et les autres à côté.

Partie 2, Point de vue de Marie (écrit par Kerizu)

Les souvenirs de mon grand amour embuèrent mes pensées pendant un long moment. Je réalisai en reprenant mes esprits que mes pas m’avaient machinalement menée jusqu’aux garages industriels qui bordaient les quais. Un flot de nostalgie m’envahit soudain. J’allai m’asseoir sur un banc, face aux bâtisses de brique et de fer dont les murs étaient percés de larges ouvertures vitrées.
Par le passé, ces entrepôts avaient abrité des ateliers d’artistes dont l’esprit créatif avait révolutionné le monde de l’art, à leur époque. J’en avais fait partie, fut un temps, avec celle qui était devenue ma femme.
Dans ma périphérie oculaire, je distinguai un jeune homme qui s’assit à côté de moi. Il se déplaçait de la même manière que mon ancien maître. Soudain, je me retrouvais en cet hiver lointain de mes trente ans, à rêvasser avec lui à la renommée qu’obtiendrait notre groupe.

— Nous avons réussi, pas vrai, maître ? Notre art a changé le monde. Les choses ont de nouveau changé, depuis, mais n’est-ce pas merveilleux ? Les artistes possèdent un pouvoir incroyable. Celui de toucher les cœurs.

Je tournai la tête vers mon voisin et réalisai que ce n’était pas mon maître. Ce n’était même pas un garçon. La jeune personne fixait le bâtiment avec fascination.

— Cet édifice a changé, repris-je en reportant mon regard vers les garages. Mais d’autres choses se sont développées ici. L’art s’est déplacé, il s’épanouit ailleurs, maintenant. Après tout, s’il y a quelque chose chez l’homme qui ne peut pas mourir… c’est son besoin de créer.

Illustration partie 2 (dessiné par Virgule)

=============================================

Partie 3, Point de vue d'Amédée (écrit par Camille Ksaz)

J’étais fasciné par son histoire et la vérité de ses mots. Comment avais-je pu oublier si facilement ce besoin qui n’attendait qu’une toile pour se libérer de ses chaînes. Ses barricades que j’avais créées par peur du rejet. Mais il n’était pas trop tard, je pouvais encore changer les choses et transmettre la magie de la création à ceux qui me succèderaient. Je pouvais encore faire partie de ce cercle que j’avais toujours admiré dans l’ombre.
Alors que je tournais la tête pour remercier ma conteuse de m’avoir fait découvrir son histoire, je vis sa place vide. La blancheur du sol avait laissé ses petites traces de pieds. Je partis la rattraper le plus vite possible, impatient de lui faire part de mon désir de suivre ses pas et d’écouter ses conseils.
Sa petite silhouette se dessinait au loin, immobile. Alors que j’allais lui faire face, quelque chose m’arrêta. Son visage traduisait un désespoir si intense que je le ressentis comme s’il m’appartenait. Je me mis doucement à ses côtés pour regarder ce qui provoquait ce déchirement.
Un cimetière silencieux décoré par la poudreuse n’était éclairé que par les doux rayons lunaires, accentuant la paix qui y régnait. Rien ne semblait pouvoir ébranler le repos des morts dans cet instant figé dans la nuit.

Partie 3, Point de vue de Marie (écrit par Kerizu)

Perdue dans mes pensées, je m’étais de nouveau égarée. Lorsque je repris mes esprits, je me trouvais devant un cimetière. Le lieu était habité d’un silence pesant. La neige, elle, recouvrait les tombes de pierre de sa dentelle froide.
De tous les lieux qui composaient cette ville, celui-là était celui que j’aimais le moins. Peu importait le quartier infesté par la pègre, peu importaient les bidonvilles, peu importait la rue de débauche où les élites piétinaient les autres. Celui que j’exécrais le plus était celui-ci.
Cet endroit me rappelait que désormais, j’étais seule. Mon âme sœur avait rendu la sienne il y avait de cela bien longtemps. Emportée par une fièvre qui avait ravagé la cité plusieurs années en arrière, mon amour m’avait dit adieu dans un sourire triste.
Son agonie avait duré des semaines. Son visage creusé par la douleur avait peu à peu perdu toute l’énergie qui l’habitait en temps normal. Sa respiration était devenue de plus en plus difficile. Et chaque instant avait été une torture pour moi, qui voyais sa fin se rapprocher inexorablement.
Sa perte m’avait plongée dans le désespoir le plus intense que j’aie jamais enduré. Comment survivre après avoir connu tant d’années un bonheur si grand ? Comment continuer à sourire après avoir eu l’impression de périr soi-même ?
En cet instant, face à ce cimetière vide, j’avais l’impression de mourir une seconde fois. Mon cœur semblait si lourd… L’air glacial me mordait la peau et faisait trembler mes membres. Mais ce n’était pas son souffle qui me déchirait l’âme.

Illustration partie 3 (dessiné par DoomXTouhou)

Illustration partie 3 (dessiné par Nihibus)

=============================================

Partie 4, Point de vue d'Amédée (écrit par Siavosh)

Le cimetière était silencieux et pourtant les pierres tombales me paraissaient étrangement bavardes. Chaque nom gravé sur la roche impliquait une histoire plus ou moins longue, avec une fin heureuse ou non. Les épitaphes sonnaient comme des indices, me donnant envie de recoller les différents morceaux de ces récits.
Ce lieu ne m’inspirait pas le désespoir qu’on penserait lui prêter. Il était comme un monument, ou un temple, célébrant le passé. Face aux tombes, je réalisais à quel point nous n’étions pas aussi insignifiant que je le croyais jusqu’à maintenant.
Oui, nous sommes éphémères. Oui, nous disparaitrons. Mais nous laissons toujours une trace aux générations futures.
La vieille femme ne semblait pas voir les choses ainsi. Je voyais son malaise. Non, son désespoir. J’imagine qu’à mon jeune âge, il est facile de ne pas craindre la mort, de la voir comme une promesse lointaine que l’on peut malgré tout reléguer à plus tard. Je ne pouvais pas faire grand-chose pour ceux qui nous ont quittés, mais nous leur devons de réaliser à quel point la vie est courte, et qu’il est important d’en profiter jusqu’au bout.
Les mots sortirent instantanément de ma bouche, comme poussés par une détermination que j’ignorais jusque-là.
— Souhaitez-vous m’accompagner pour dîner ce soir ?

Partie 4, Point de vue de Marie (écrit par Kerizu)

La jeune personne qui me suivait depuis peu m’avait sortie de ma léthargie. Un sourire déterminé sur le visage, elle m’avait invitée à prendre le repas avec elle, et un peu perdue, j’avais accepté, ayant désespérément besoin de compagnie après les émotions de la soirée.
J’étais à présent assise autour d’une table immense, entourée d’une dizaine d’inconnus qui me traitaient comme si je faisais partie de leur famille. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas connu ce sentiment.
Il faisait chaud dans la pièce, et les plats embaumaient la maison de mille senteurs incroyables. On me servit largement à manger. Les saveurs salées fondaient dans ma bouche, les douceurs sucrées pétillaient sur ma langue, les boissons chaudes répandaient leur embrassade réconfortante dans tout mon corps.
En fin de soirée, j’allai m’asseoir devant une cheminée, avec les autres. Un homme contait des histoires d’amour pleines de magie et d’espoir, et des enfants l’écoutaient, des étoiles dans les yeux, s’endormant progressivement dans les bras de leurs parents. Le feu, dans l’âtre, émettait une douce lueur orangée et craquait à intervalles réguliers, comme pour bercer l’assemblée.
Le fauteuil dans lequel j’étais installée était confortable. On m’apporta une couverture en laine. Elle grattait un peu, mais tout ici était agréable et chaleureux. On m’invita à rester dormir. Le cœur mou comme une guimauve après avoir reçu tout cet amour, j’acceptai volontiers.
Bientôt, mes yeux se fermèrent, tandis que dans les flammes, la silhouette de mon amour me souriait avec tendresse.

Illustration partie 4 (dessiné par Rokyu)


J'espère que cette histoire vous a plu ! À bientôt pour de nouvelles aventures 👋